Coronavirus: comment sauver l’Europe de la crise économique?

Coronavirus: comment sauver l’Europe de la crise économique?

Photo by Obi Onyeador on Unsplash

Au-delà de la crise sanitaire que subissent actuellement l’Europe et le reste du monde, la crise économique qui se prépare inquiète et interroge les économistes. Comment l’Europe va-t-elle pouvoir se sortir de cette impasse? Il semblerait que l’Union européenne se retrouve dans le même état de crise financière qu’en 2008. La Grèce, l’Espagne et le Portugal, en avaient largement payé les frais. En 2012, pour se sortir de ce déficit économique, ces États doivent emprunter de l’argent sur les marchés financiers à des taux exorbitants. Dans un élan salvateur de l’Euro, Mario Draghi, gouverneur de la BCE, intervient et annonce que la banque centrale fera tout son possible pour aider les pays les plus touchés, quitte à racheter leurs dettes. Cette annonce avait permis de rééquilibrer les taux d’intérêt entre les différents pays de l’UE. Mais, qu’en est-il aujourd’hui? Si Emmanuel Macron a annoncé dans son discours du 12 mars qu’il aiderait les entreprises et les salariés « quoi qu’il en coûte », quelles solutions de financement peuvent sauver l’Europe?

L’emprunt sur les marchés financiers est-il la solution?

En ce qui concerne la France

Qui dit emprunt, dit endettement, cet endettement annonce forcément une certaine fragilité. Le remboursement des intérêts est aujourd’hui gérable, mais qu’adviendra-t-il s’il n’y a plus de trésorerie pour payer ces charges? Même si la France profitait jusqu’ici de taux d’intérêt négatifs, il se pourrait que ceux-ci remontent dans les mois à venir. Le risque est lourd de conséquences, car il pourrait augmenter le montant de la dette.

Du côté des investisseurs, cela semble invraisemblable, pourquoi sont-ils prêts à perdre de l’argent? Il faut voir les choses sous un autre angle: c’est-à-dire qu’ils préfèrent minimiser les risques de leurs placements et s’assurer d’être remboursés au plus haut de leurs investissements. L’inquiétude des économistes réside dans le fait que si la France ou tout autre pays européen était jugé insolvable, alors les investisseurs ne leur prêteraient plus d’argent.

Xavier Timbeau, directeur de l’Observatoire français des conjonctures économiques, explique dans un rapport du 30 mars 2020: « La perte potentielle de 60 milliards d’euros de PIB par mois de confinement serait largement absorbée par la dette publique, par le jeu des stabilisateurs automatiques (imposition des sociétés et TVA notamment) et des dispositifs mis en place, bien qu’il soit trop tôt pour en proposer une estimation fiable. Pour deux mois de confinement, l’impact représenterait approximativement le double (plus de 5 points de PIB annuel perdus) ». En 2008, la dette publique de la France était de l’ordre de 40 points de PIB. Nous sommes, pour l’instant, bien loin d’un tel score.

En ce qui concerne l’Italie

Coronavirus en Italie

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Les gouvernements, pris au dépourvu par cette pandémie, essaient tous de soutenir leur pays en gérant l’économie d’un point de vue national. Bien évidemment, l’emprunt reste de mise, mais tous les pays de la zone euro ne sont pas égaux face à ces emprunts. Si l’Euro a une valeur boursière unique, les dettes des pays européens restent, quant à elles, nationales.

L’Italie est actuellement l’un des premiers pays pointés du doigt. Le taux de sa dette dépasse actuellement les 135 % de PIB et elle ne bénéficie pas du même taux d’emprunt qui est plus élevé qu’en France ou qu’en Allemagne, par exemple. Au vu de sa situation précaire, l’Italie pourrait souffrir d’un abandon de la part des investisseurs qui pour assurer leurs arrières préféreraient acheter de la dette dans un État plus sain financièrement. Selon Christophe Bouillaud, professeur et spécialiste de la politique italienne et des relations internationales: « il est certain que l’état de l’opinion publique italienne est actuellement très défavorable à l’Union européenne. Le sentiment d’abandon domine pour l’instant. En dehors de l’ampleur de l’épidémie en Italie, il faut bien comprendre aussi que ce pays est en stagnation économique depuis le début des années 2000, et qu’il ne s’est jamais vraiment remis complètement de la crise des années 2007-2012. Cette crise a été accentuée par la «récession Monti» liée à une demande des partenaires européens de mener une austérité de fer pour permettre le maintien du pays dans la zone euro. »

Plus que jamais, l’Europe a besoin d’être solidaire dans la gestion de cette crise sanitaire et économique. Si tous les États ne sont pas égaux entre eux, rien ne sert de creuser encore plus l’écart, car l’Union européenne perdrait tout son sens. La BCE (Banque centrale européenne) se devait d’intervenir. Elle a annoncé, le 18 mars dernier, racheter 750 milliards d’euros de dette publique et privée. Pour que l’Italie puisse s’en sortir, il n’y a pas d’autre solution. Cela permettra de rassurer les créanciers de la dette italienne qui pourront toujours revendre leurs crédits à la BCE en cas de nécessité. Aussi, l’Italie pourra continuer de leur emprunter de l’argent.

Autre solution: le « Corona-Bonds »

Le « corona-Bonds » fait débat. Dans un élan de solidarité face au Covid-19, neuf pays européens, dont la France, souhaitent mettre en place des « corona-bonds ». Il s’agit de rassembler des fonds au sein de la zone euro. Mais tous ne sont pas de cet avis, notamment l’Allemagne. Christine Lagarde, Directrice de la BCE, a évoqué cette idée la semaine dernière. Cela permettrait aux États de lever de l’argent sur les marchés profitant d’un taux d’intérêt indexé sur l’ensemble de la zone euro et non sur la santé financière d’un seul et même pays emprunteur.

Une idée bienvenue par les pays du sud de l’Europe, comme l’Italie et l’Espagne, particulièrement ravagés par l’épidémie du coronavirus et dont la santé financière est bien plus fragile que leurs compatriotes du Nord. Cette idée présentée à Bruxelles mardi et jeudi dernier a été refusée à deux reprises par l’Allemagne et les pays du nord de l’Europe. À l’identique, en réponse à la crise des années 2010, l’Europe avait envisagé les « eurobonds » pour sauver la Grèce de la faillite. Cette idée avait été réfutée par l’Allemagne qui ne voulait pas payer pour les défaillances budgétaires d’Athènes.

Pourtant, cette crise due à la pandémie est bien différente d’une mauvaise gestion financière et il s’avère qu’elle touche à peu près tous les États européens de la même manière. Dans la lettre envoyée à Bruxelles pour présenter l’intérêt d’un fond commun cette idée est renforcée: « L’argument en faveur d’un instrument commun est fort, car nous faisons face à un choc externe symétrique, qui n’est de la responsabilité d’aucun pays en particulier, mais dont les conséquences négatives sont ressenties par tous. »

Il est vrai que mettre un tel dispositif en place s’avère tout de même complexe, car si la dette est mutualisée cela impliquerait un droit de regard des dépenses de chaque État. Christophe Blot, économiste à l’OFCE, explique: « À partir du moment où on parle de mutualiser la dette, on entre dans une perspective plus fédéraliste de la zone euro, ce qui aurait des conséquences profondes sur le fonctionnement des institutions […] On critique beaucoup l’Allemagne pour son manque de solidarité dans cette affaire, mais il faut aussi se demander quel pays aurait envie que Berlin devienne une sorte d’arbitre de ses choix budgétaires. »

La dernière solution résiderait dans la « monétisation » de la dette, controversée par les économistes. Il s’agit de faire fonctionner « la planche à billets » à plein régime, octroyant un prêt permanent aux différents États. Ils pourraient en profiter sans avoir à rembourser leur emprunt. Actuellement, cette pratique est interdite par les traités européens. Il va donc falloir s’interroger sur le financement des aides annoncées par le « quoi qu’il en coûte ».